Colloque CHEMEA 2011

COLLOQUE | 22 septembre 2011

La performance en question

dans le médico-social

Avant de plonger «  tête baissée  », «  comme un seul homme  » sur «  la question de la performance  », les associations du secteur médico-social, n’auraient-elles pas intérêt à mettre en préalable «  la performance en question  » et s’interroger sur les tenants et les aboutissants d’une telle démarche.

Certes, dans un premier temps, on ne voit rien à redire de particulier. La «  performance  », si elle concerne le service rendu à l’usager, l’optimisation du système de santé, tout le monde est pour.

Surtout dans notre secteur qui, pendant des années, à travers son fonctionnement et son organisation, n’a jamais fait preuve d’une grande passion pour les approches et les concepts méthodologiques.  Qui n’a jamais été ni formé, ni habitué à être interpellé sur ses pratiques et dont beaucoup d’acteurs sont plutôt réticents à l’idée même de devoir rendre des comptes. Si vous rajoutez à cela, cette idée forte, qui fait encore preuve d’une grande capacité de résistance, et qui consiste à penser que nous sommes sur un secteur qui n’a pas «  d’obligation de résultat  », la boucle est bouclée. Autant dire aux pouvoirs publics «  circulez il n’y a rien à voir  !  ». Ne rigolez pas, c’est très souvent à cette conclusion que sont arrivés nombre d’inspecteurs de la santé qui ont eu à se pencher sur notre secteur d’activité, surtout ces derniers temps, pour réfléchir et bâtir les réformes auxquelles nous nous pressons d’adhérer.

Et pourtant, c’est bien ce même secteur qui a su s’emparer des outils de la loi 2002, projet d’établissement, évaluation interne, pour remettre de l’ordre dans son organisation, dans ses objectifs, dans son fonctionnement, en ayant comme souci principal de construire à partir des besoins de la personne accueillie, remettant ainsi l’usager et non plus le fonctionnement de l’établissement «  au centre du dispositif  ». Certes tout n’est pas parfait, loin de là. Il y a encore beaucoup à faire. Mais les établissements et les services, les associations peuvent aussi, à juste titre, revendiquer et valoriser un «  savoir faire  » au niveau de «  la performance  ». Et ce, d’autant plus qu’au niveau de la pratique, beaucoup d’éléments ne sont pas pris en comptes dans les mesures de l’efficience et de la performance que l’on cherche à nous faire adopter  : la puissance de pensée et d’action des acteurs par exemple, l’implication, l’envie pour l’autre, tout ce qui fait la dimension, la complexité de nos métiers et la qualité de l’accompagnement que nous proposons.

Nous ne pouvons nous contenter de copier/coller ou d’adapter au mieux une «  conceptualisation de la performance  » dont les modèles sont pour la plupart issus de l’entreprise et du secteur marchand.

Pourtant, nous traversons actuellement une période critique, où la capacité de nos associations et de nos établissements à répondre avec justesse aux besoins des personnes accueillies est, de toute évidence, remise en question. Ceci se trouve renforcé par la crise économique et les besoins légitimes de l’Etat, quant à la maîtrise des fonds publics. Ainsi, avec un certain fatalisme, nous acceptons l’idée de nous laisser déposséder de nos savoirs faires, de nos propres compétences issues de plusieurs décennies de pratiques et d’expérience. Nous acceptons de ne pas être considérés comme capables de bâtir nos propres référentiels de performance dans la prise en charge et le service rendu. Nous acceptons l’idée que la performance nous sera «  imposée  » de l’extérieur.

La loi HPST a donc créé l’A.N.A.P (Agence Nationale d’Appui à la Performance). Curieusement, personne ne s’étonne que, dans un contexte de restriction budgétaire sans précédent, de non remplacement d’un poste sur deux de fonctionnaire partant à la retraite, l’Assurance Maladie trouve le moyen de financer un G.I.P. doté de 30 millions d’euros et employant 80 agents  ! 30 millions d’euros, l’équivalent de 630 places d’IME et le budget d’une bonne quinzaine d’établissements de taille moyenne. Et pourquoi un tel investissement  : officiellement et comme son nom l’indique, afin de représenter un appui pour les établissements dans le domaine de la performance. Pour «  construire des outils et des méthodes afin de venir en aide aux acteurs de la santé  » (Mme LUSSIER directrice de l’ANAP). En avions nous à ce point besoin  ? A partir de quelles évaluations, de quels audits, de quels constats l’administration a-t-elle été amenée à créer cet organisme  ? Attention, ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas pour nous de remettre en cause la création de l’ANAP, ni même son utilité. Au contraire. On s’étonne simplement d’une telle sollicitude, voire d’un tel luxe, dans la conjoncture et le contexte économique actuel. A moins que les objectifs de l’ANAP ne se résument pas seulement à apporter des réponses plus performantes aux besoins des personnes prises en charge. Il est vrai que derrière «  optimisation du système de santé  », il faut aussi entendre «  optimisation des dépenses de santé  ». Ce qui nous renvoie à «  réforme de la tarification  », «  tarification à la ressource  » «  tarifs plafonds  ». Finalement, ce qui s’est passé dans le sanitaire avec la T2A. Et là on comprend mieux pourquoi on ne va pas s’appuyer sur les compétences des acteurs de santé et des établissements médico-sociaux, si au final l’objectif est de bâtir des référentiels permettant d’aboutir à une réforme de la tarification et des économies d’échelle conséquentes sur le secteur médico-social.

Voilà les réflexions qui ont nourri la problématique du colloque que CHEMEA a le grand plaisir de vous proposer cette année. Nous tenons à préciser qu’il n’y a aucun manichéisme dans nos propos. Il n’y a pas de parti pris. Comme tout secteur d’activités, le médico-social doit s’interroger sur ses pratiques, chercher à améliorer le service qu’il rend à l’usager. Nous n’adoptons aucun positionnement politique, pour ou contre les décisions qui ont amené à la création de l’ANAP. Simplement animés par le souci d’apporter l’information la plus claire, la plus honnête et la plus large possible, aux personnes qui viendront assister à ce colloque, nous interrogeons à travers les acteurs qui ont mission de la porter, ce que recouvre cette démarche de «  performance  » avant que celle-ci nous interroge à son tour et s’empare de toutes nos préoccupations à venir.

15/03/2011.

Pour CHEMEA 91
Jean-Simon AUTHENAC
Coordinateur colloque CHEMEA
Trésorier CHEMEA
Directeur Général AAPISE

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