COLLOQUE CHEMEA 2019

"Maître de mon parcours, aussi étroits soient les sentiers"
Reconnais mes capacités (capabilité) et je te dirai comment m’aider

La nébulosité sémantique du travail social, qui a longtemps été entretenue par son évolution processuelle et ses multiples inflexions législatives, trouve son épilogue par la publication récente du Décret n° 2017-877 du 6 mai 2017 relatif à la définition du travail social.

Cette définition est une première dans un secteur d’activité caractérisé par l’imprécision de ses contours tant ses différentes manifestations suggèrent une indéfinition structurelle de ses frontières.

Après l’article D. 142-1 du code de l’action sociale et des familles, il est inséré un article ainsi rédigé :

« Art. D. 142-1-1.-Le travail social vise à permettre l’accès des personnes à l’ensemble des droits fondamentaux, à faciliter leur inclusion sociale et à exercer une pleine citoyenneté. Dans un but d’émancipation, d’accès à l’autonomie, de protection et de participation des personnes, le travail social contribue à promouvoir, par des approches individuelles et collectives, le changement social, le développement social et la cohésion de la société. Il participe au développement des capacités des personnes à agir pour elles-mêmes et dans leur environnement. « A cette fin, le travail social regroupe un ensemble de pratiques professionnelles qui s’inscrit dans un champ pluridisciplinaire et interdisciplinaire. Il s’appuie sur des principes éthiques et déontologiques, sur des savoirs universitaires en sciences sociales et humaines, sur les savoirs pratiques et théoriques des professionnels du travail social et les savoirs issus de l’expérience des personnes bénéficiant d’un accompagnement social, celles-ci étant associées à la construction des réponses à leurs besoins. Il se fonde sur la relation entre le professionnel du travail social et la personne accompagnée, dans le respect de la dignité de cette dernière. Le travail social s’exerce dans le cadre des principes de solidarité, de justice sociale et prend en considération la diversité des personnes bénéficiant d’un accompagnement social. »

La partie de la définition qui intéresse notre propos et qui bouleverse le statut de l’usager, concerne les trois savoirs sur lesquels repose le travail social. Le décret évoque tout naturellement les « savoirs universitaires en sciences sociales et humaines » pour les sciences fondamentales et assez logiquement « les savoirs pratiques et théoriques des professionnels du travail social », pour, dirions-nous, les sciences appliquées, et pour la première fois, « les savoirs issus de l’expérience des personnes bénéficiant d’un accompagnement social, celles-ci étant associées à la construction des réponses à leurs besoins ». Cette dernière adjonction concerne les usagers que le décret nomme les personnes accompagnées et à qui le législateur reconnait un savoir issu de leurs expériences.

Dans le même ordre d’idées, dans son dernier plan d’action en santé mentale 2013-2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) énonce que les personnes avec des problèmes de santé mentale doivent être « impliquées dans la défense des droits, l’élaboration des politiques et des lois, la planification des services, l’intervention clinique, l’évaluation et la recherche en santé mentale » (OMS, 2013, p. 10).

L’OMS à travers sa politique en escompte une double finalité : elle permettrait d’améliorer la santé mentale des participants autant qu’elle contribuerait à les impliquer à un niveau structurel dans l’organisation des soins et des services, par exemple, en établissant une échelle des services prioritaires à mettre en œuvre ou en participant à leur évaluation.

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Si le concept de participation, par ses multiples occurrences, revendique une certaine ancienneté et habite l’esprit des lois autant que la lettre des pratiques dans le secteur sanitaire, social et médico-social, il était rare, voire inédit, qu’une telle catégorie fût le siège d’une politique publique visant, de jure comme de facto, l’impératif que ses destinataires puissent « peser sur les décisions qui les concerne ».

S’il faut traduire avec Paul Ricœur que « La souffrance n’est pas uniquement définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais par la diminution, voire la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir faire, ressentie comme une atteinte à l’intégrité de soi. », il convient de nommer la fin du privilège épistémique entretenu par les métiers du travail social au détriment de sa réception par ses ressortissants.

L’annonce de la transformation des métiers du travail s’écrit désormais par la grammaire de la participation qui en tant que fin doit orienter la pratique des métiers.

Cette pratique s’acquittant prioritairement de l’obligation de co-définir le périmètre de la participation sociale des personnes accueillies, bute sur une préoccupation constante de l’organisation qui se manifeste par son « dur désir de durer » en faisant durer « la protection » « des protégés ». L’expression de l’institution en tant qu’organisation, suit les configurations reproductibles de la domination par le fait de l’autorité et de la soumission si bien que la nouvelle question liée à la participation des usagers et de leur famille ne peut prendre forme sans réduire ou amoindrir ce pouvoir de domination par une recherche de l’équilibre des pouvoirs. L’enjeu de l’équilibre des pouvoirs entre professionnels et personnes accueillies, s’entend par l’inversement du paradigme de la fabrique du handicap à l’endroit où s’exerce la domination. Tel est l’écho complaisant de l’appel à la transformation de l’offre sociale et médico-sociale impactant une évolution des métiers chargés de les mettre en œuvre.

Pour CHEMEA

Ismaïl MESLOUB
Responsable de la commission colloque

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